Éloge de Jason Statham
13 avril 2026 à 10:00:00

Éloge de Jason Statham
Découverte récente de l’hilarant The Meg 2 (En eaux très troubles, 2023), film étonnamment soigné visuellement, rythmé, drôle, qui mélange joyeusement Jaws, Jurassic Park, Alien et Abyss, avec un esprit cartoonesque assumé. Excellente occasion de me replonger dans la filmo dans cet acteur très aimé (par moi), et finalement d’un amour pas si honteux : Jason Statham.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, tout ça n’est pas si dégueu : peu de grands auteur, certes (un Michael Mann mais pour une simple apparition, un John Carpenter de fin de carrière, Stallone aussi, quand même, notamment avec le formidable Homefront), mais d’excellents seconds couteaux (Paul W.S. Anderson, Simon West, Taylor Hackford, Paul Feig, Guy Ritchie, ce dernier étant un cas à part, oscillant perpétuellement entre auteur authentique, second couteau ou faiseur lamentable, selon l’inspiration du jour…).
Et puis il y a cette palette de jeu plus variée qu’on ne le dit : l’action bien sûr, et avant tout la baston, mais aussi le drame et la comédie (dans laquelle il excelle, voir ce qu’il fait dans Spy). Sa réelle beauté, enfin, qui œuvre à la réhabilitation de la calvitie masculine avec autant d’efficacité que Yul Brynner en son temps. Son mélange de force physique (Statham est un ancien athlète de haut niveau) et de brutalité qui jamais n’étouffe d’évidentes qualités burlesques.

Il n’y a par exemple chez lui aucune peur de l’excès (à la fin de The Meg 2, il affronte à coups de lances explosives des requins géants sur son scooter des mers, tel l’archange Saint Michel : c’est tout bonnement hilarant). Et il faudrait parler des deux Hypertension (Crank)…
Bien sûr, Statham joue sur d’autres territoires que mon cher Tom Cruise, mais la manière dont ils se croisent dans Collatéral en dit long…. Passage de relais ? Je dirais plutôt qu’à ce moment Cruise se déleste de quelque chose, délègue, car il porte sa dimension de méta-star à un tout autre degré. Jason, lui, reste au niveau des pâquerettes. Il est ontologiquement beauf (d’où sa participation aux Fast & Furious) – mais délicieusement beauf. On aime le retrouver, on aime le voir castagner.
Il est notre Jean-Claude Van Damme, mais sans la folie beckettienne. Notre Sly, mais sans la fêlure tragique. Et puis beauf, est-ce vraiment exactement ça ? Statham est surtout un héros populiste. Dans ses films, les puissants et les riches sont toujours abjects. Lui jamais. Il est fier, courageux, blagueur. Il incarne une certaine noblesse populaire – qui explique en partie le dédain critique dont il est l’objet.
En somme, on a tous d’excellentes raisons de l’aimer. Sans le cinéma de Jason Statham, la vie serait une erreur ou, plus modestement, quelque chose de beaucoup moins intéressant.